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Hein ? Quoi ? un Fab lab dans une BU ?

Les bibliothèques universitaires se posent depuis le début des années 90 de nombreuses questions autour de leurs missions et finalité : quels nouveaux services apporter aux usagers ? Quel statut, quels usages pour un tiers lieux ? Quelle place pour le numérique dans une logique de Learning network ? 
On le constate un peu plus chaque jour, de nouveaux usages surviennent et s’imposent progressivement dans l’enceinte universitaire. Le Fab lab fait partie des dispositifs se généralisant sur les campus. Mais au lieu d’installer un Fab Lab ex-nihilo qui impose des contraintes fortes en termes de moyens et compétences, pourquoi ne pas l’installer là où des professionnels s’interrogent depuis longtemps sur le lien entre savoirs, médiation et innovation ? C’est à dire au sein de la BU. Une première réponse avec un focus sur l’initiative La Fairronerie à la bibliothèque universitaire du Havre. 

Pierre-Yves Cachard, vous êtes le directeur du SCD de l’université du Havre, pouvez-revenir sur le positionnement de votre service au sein de l’établissement ?

La Bibliothèque universitaire du Havre est l’opérateur documentaire de l’établissement. A ce titre, elle accomplit l’ensemble des missions confiées aux services communs de documentation. Mais, grâce notamment à une qualité architecturale particulière de notre équipement central, l’université nous a demandé d’élaborer une offre culturelle et de promotion des activités scientifiques de l’université afin de construire un pont entre la ville et l’université.
Le Havre a aussi cette singularité d’être un territoire où les partenariats sont faciles et efficaces. Cette mission d’acteur culturel dans ce contexte très favorable nous a permis de définir une programmation événementielle claire et lisible, articulée autour de quelques rendez-vous annuels : Mois du film documentaire, Fête de la science, et des expositions autour de l’image intelligente (photojournalisme, design graphique contemporain). Cela nous a permis de nouer des partenariats fructueux avec différentes institutions et de croiser ainsi nos publics : le réseau des bibliothèques publiques Lire au Havre, l’Ecole Supérieure d’Art et Design Le Havre Rouen (ESADHaR), le Tetris, équipement dédié à la musique, Le Portique, espace d’art contemporain, entre autres.
Cette mission complémentaire nous a beaucoup motivé, parce que nous sommes un certain nombre ici, à penser que l’université forme des citoyens tout autant que de futurs salariés. L’action culturelle en BU a par ailleurs de nombreux avantages si elle est traitée professionnellement : elle offre à nos établissements une visibilité sur leur territoire, elle permet d’animer et de transformer de façon éphémère nos espaces et de sensibiliser nos étudiants à l’économie de la création ou à des formes alternatives d’information qui leur permettent d’aborder des réalités contemporaines par l’intermédiaire d’autres médias que l’imprimé (cinéma, photographie, affiches, installations). Ça fonctionne assez idéalement, même si nos projets culturels ou scientifiques nous prennent beaucoup de temps et d’énergie.
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Installation de l’exposition des Arduicioles au sein de la BU de l’université du Havre et collaboration avec le Fab Lab La Faironnerie

C’est donc ce positionnement spécifique qui a favorisé le projet d’implantation d’un Fab lab dans une des BU de l’université du Havre ?

Oui, mais pas uniquement : l’ouverture d’esprit et la créativité du service attirent effectivement  les enseignants-chercheurs porteurs de projets singuliers. Mais la culture de l’ouverture et de l’accueil en BU joue aussi. La Faironnerie (Fab Lab de l’université) est une émanation d’un laboratoire d’informatique, et se rattache à leur culture très forte en matière d’open access.

J’avais déjà travaillé avec beaucoup de plaisir avec le directeur du laboratoire et une partie de son équipe sur des projets scientifiques, ce qui a facilité le contact et les échanges. La Faironnerie, qui est encore un Fab Lab « émergent », avait un problème de visibilité, et a toujours certaines difficultés de fonctionnement avec des ressources humaines contraintes. Nous leur avons offert un lieu visible et ouvert, et proposé un positionnement qui les intéressait dans notre organisation : ils conçoivent et mettent en oeuvre des ateliers de fabrication qui sont intégrés dans notre programmation d’ateliers de formation et dans notre communication événementielle.

Par ailleurs, le Fab Lab travaille avec nous pour concevoir des installations scientifiques très plastiques présentées lors de Science en fête. Enfin, il arrive que le Fab Lab nous aide sur des projets artistiques. Par exemple, ils sont en train de concevoir, en collaboration avec une enseignante chercheuse en Mathématiques de l’université, un modèle mathématique de distribution optimale des couleurs sur les 689 cabanes de la plage du Havre, dans le cadre du 500e anniversaire de la création du Havre (2017). Il s’agit d’un projet artistique porté par l’un des plus grands graphistes contemporains : le néérlandais Karel Martens. Le Fab Lab, comme ce projet d’installation artistique, se fait en collaboration avec l’ESADHaR, qui dispose en interne d’un fablab et d’un équipement important, et notamment d’une découpeuse laser.

J’insisterai aussi sur le fait, qu’historiquement les Fab Lab ont été conçus par le MIT comme des outils pédagogiques pour favoriser la créativité et l’apprentissage collaboratif chez les étudiants. Je pense toujours que c’est l’un des aspects les plus novateurs et les plus intéressants de cet équipement dans un contexte universitaire, et ça nous intéressait particulièrement dans cette perspective.

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En fonction depuis quelques semaines, quelles premières conclusions pouvez-vous tirer de l’implantation de ce nouveau type de « tiers lieu » dans une BU ?

Une vive satisfaction, et des retombées qui vont au delà de ce que je pouvais imaginer, malgré l’extrême fragilité du dispositif actuel. Tout d’abord, il fait naître de nouvelles possibilités de collaboration avec les enseignants-chercheurs.
Ensuite, il nous ouvert la voie vers la culture scientifique, qui était un axe qui nous semblait trop faiblement présent au sein de notre offre événementielle.
Enfin, il permet d’installer concrètement la culture du « Faire ensemble » au sein de notre service, et cela me semble aujourd’hui un enjeu essentiel pour l’attractivité et la place des bibliothèques dans l’écosystème de l’établissement.

Quelle a été la réception du côté des personnels de la BU ?

Je pense que tout est encore à construire à ce niveau : nous avons organisé pour les personnel avec les animateurs du Fab Lab une visite des trois lieux dans lesquels s’exerce l’activité de la Faironnerie, visite qui semble avoir suscité un vif intérêt.
Mais le Fab Lab doit être désormais mieux structuré, et mieux défini dans son organisation pour favoriser son appropriation par les équipes. A la rentrée prochaine, nous aurons une conservatrice, très impliquée sur la problématique de ces nouveaux lieux, qui arrive dans l’équipe de direction et sera l’interface avec les « Faironniers ». Elle assurera l’animation du lieu, avec un projet à construire pour réaménager l’espace dédié à cette activité, mais aussi les salles de formation situées à proximité directe de la Ferronnerie. Elle travaillera avec l’équipe pour structurer l’organisation et étudier la possibilité de faire évoluer la bibliothèque pour en faire un CCSTI (Centre de Culture scientifique, technique et industrielle).

Selon vous le Fab Lab est-il un édifice incontournable du concept de learning network ? Et son implantation dans une BU, lieu de médiation des savoirs, une évidence ?

Oui et Oui ! Les Fab labs s’appuient sur la documentation scientifique et technique pour réaliser, pour « faire ». Chacun de ces projets doit faire l’objet d’une documentation et d’une diffusion large. Et par ailleurs ce sont des lieux de pédagogie active, travaillant fortement en mode projet dans une relation bottom-up assez salutaire pour les universités, qui gagneraient d’ailleurs à s’intéresser plus à la pédagogie proposée dans les écoles d’art, où la pratique est plus systématiquement mobilisée comme un puissant moteur d’apprentissage pour les étudiants.
Enfin, une bibliothèque universitaire aujourd’hui n’a de sens que si elle s’attache à rendre ses collections opérationnelles : c’est l’utilisabilité des sources d’information, pour contribuer directement et efficacement à la réussite des étudiants et des équipes de recherche, qui doit mobiliser notre énergie : acheter et signaler n’est qu’un préalable.
Disposer d’un espace du « Faire », initier des actions en faveur du libre, de l’open source et du partage, est une de nos missions les plus importantes. Un Fab Lab ne se limite pas à des équipements et à l’emblématique imprimante 3D. La maîtrise du code et le travail en mode projet s’appuyant sur une mise en réseau des compétences sont pour nous des jalons importants pour le développement de ce nouveau type de tiers lieu. On a beaucoup d’idées qui tournent autour de ça et devraient nous mobiliser dans les prochaines années !

 

Le Fab lab en action

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Installation « Les Arduicioles »

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