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IST et valeur(s) des bibliothèques universitaires : retour sur la journée d’étude du congrès 2014

« l’économie du livre en France semble toujours être analysée via le prisme de la lecture publique, comme si les organismes documentaires de la recherche et de l’enseignement supérieur n’y participaient pas …  Or, les achats de monographies et de périodiques français (près de 35 millions d’euros annuels en 2010) démontrent totalement le contraire »

Lors de son congrès annuel 2014 à Strasbourg, l’ADBU a proposé pour sa journée d’étude du 3 septembre un thème encore peu discuté en France : « Bibliothèques universitaires et IST : quelle(s) valeur(s) ? ». A l’heure des restrictions budgétaires et d’une demande montante de justification des coûts de la documentation universitaire, notre communauté se pose la question de sa valeur économique et sociale, et des valeurs démocratiques qu’elle porte. Que valons- nous ? Qu’apportons-nous ?

Les études sur l’impact économique des bibliothèques universitaires ont des pionniers américains dès le début des années 90 (José-Marie Griffiths et Donald W. King) mais aucune recherche similaire n’existe en France ; l’économie du livre en France semble toujours être analysée via le prisme de la lecture publique, comme si les organismes documentaires de la recherche et de l’enseignement supérieur n’y participaient pas … Or, les achats de monographies et de périodiques français (près de 35 millions d’euros annuels en 2010) démontrent totalement le contraire.

Mais au-delà de l’impact strictement économique, comment calculer et évaluer le rôle social d’une bibliothèque universitaire ? Ce qu’elle offre en plus : des espaces, des formations, des facilités matérielles, des rencontres, des réussites, des ressources dématérialisées souvent considérables ? Comment concilier des demandes radicalement divergentes des publics (une demande de lieux physiques de la part des étudiants ; une demande de documents numériques et de services à forte valeur ajoutée des enseignants et des chercheurs) ?

Tous les bibliothécaires universitaires ont le sentiment d’être utiles et de servir des missions importantes et nécessaires : l’accompagnement de la réussite des étudiants et le soutien aux activités de recherche, et même au-delà un service à l’ensemble de la population. C’est le dénominateur commun, de tous les intervenants de cette journée d’étude : les bibliothèques et la documentation, c’est utile et ça rapporte, dans tous les sens du terme ! Ils rappellent cependant tous, selon la communauté étudiée (étudiants, chercheurs, usagers d’un pays) les difficultés de l’exercice. Comment trouver des indicateurs efficients à la fois quantitatif (nombre de prêts, de consultations à distance, d’entrées dans les bibliothèques) et qualitatif (taux de réussite, attractivité et rayonnement de l’université). Comment corréler ces différentes données ?

Des méthodes, issues d’une approche économique adaptée aux activités culturelles, existent et permettent de mesurer le retour sur investissement (ROI en anglais). Les études d’impact permettent de calculer les retombées économiques directes d’une activité. Les analyses coûts-bénéfices s’attachent à évaluer en plus des bénéfices économiques, les bénéfices sociaux. Mais elles comportent des biais importants (surestimation ou sous- estimation d’un ou de plusieurs éléments entrant dans le calcul) comme l’a rappelé justement Françoise Benhamou. Ces méthodes n’ont jamais été utilisées en France pour mesurer l’impact d’une structure documentaire relevant de l’ESR.

http://www.univ-paris13.fr/CEPN/IMG/pdf/cv_francoise_benhamou.pdf

Des études de ce type sont régulièrement réalisées dans le monde anglo-saxon. Graham Stone, de l’université d’Huddersfield au Royaume-Uni, présente celle menée en 2011 par le JISC (Joint Information Systems Committee – UK) auprès de 8 bibliothèques universitaires anglaises (33.000 étudiants concernés dans la phase 1 de l’enquête). L’objectif était de démontrer l’existence d’une corrélation entre l’activité des bibliothèques et la réussite des étudiants. Il insiste sur une corrélation et non sur une relation directe de cause à effets … (ex. lien entre le niveau de diplôme obtenu et le nombre de documents empruntés ou consultés). En parallèle à cette étude, le projet LAMP (Library Analytics and Metrics Project) a vu le jour et propose un service commun d’analyse statistique des activités documentaires britanniques.

https://library3.hud.ac.uk/blogs/lidp/

http://jisclamp.mimas.ac.uk/

Quant à Janet Wilkinson, de l’université de Manchester, elle présente les résultats d’un travail mené en 2009-2011 sous l’égide du RIN (Research Information network) et du RULK (Research Libraries UK) basée sur une étude quantitative (67 institutions) et une autre qualitative (9 études de cas). Il en ressort que les bibliothèques constituent un apport important pour la recherche notamment en termes de de rayonnement et d’accompagnement, mais qu’il est très difficile de le quantifier … Des attentes récurrentes des chercheurs apparaissent : gestion des données de la recherche, archives ouvertes institutionnelles, bibliométrie, aide à la publication scientifique, …

http://www.rluk.ac.uk/wp-content/uploads/2014/02/Value-of-Libraries-report.pdf

http://adbu.fr/publicationsrapports/traduction-du-rapport-du-research-information-network-la-valeur-des-bibliotheques-pour-la-recherche-et-les-chercheurs/ (traduction en français)

Ces deux enquêtes ont clairement comme but de justifier auprès des instances décisionnaires de l’utilité des bibliothèques auprès des étudiants et des chercheurs afin de maintenir les budgets de fonctionnement dans un contexte économique difficile. Mais les intervenants ont également insisté sur les effets pervers pouvant être induits par une telle démarche : si un autre service annonce un ROI plus élevé, quel arbitrage risque d’être rendu ? D’où la nécessité de mettre l’effort sur les services à forte valeur ajoutée rendus par les bibliothèques.

L’étude publiée début 2014 par la FESABID (Federacion Española de Sociedades de Archivistica, Biblioteconomia, Documentacion y Museistica) portait sur l’ensemble des bibliothèques espagnoles quels que soient leurs statuts ou leur publics cibles. Le but clairement affiché est là-aussi de démontrer l’utilité économique et sociale – souvent souterraine et peu perçue- des structures documentaires à disposition de l’ensemble de la population espagnole. Le retour sur investissement calculé varie entre 2,8 et 3,8 euros selon la méthode utilisée

http://www.fesabid.org/federacion/noticia/el-estudio-realizado-por-fesabid-demuestra-el-valor-que-las-bibliotecas-aportan-a

Ces différentes présentations laissent entrevoir la difficulté de réaliser de telles études malgré leur intérêt manifeste à la fois pour les bibliothèques elles-mêmes mais également et surtout pour les instances de décision. La norme ISO 16439 « The international standard for assessing impact of libraries » (Norme internationale pour l’évaluation de l’impact des bibliothèques), présentée par Roswitha Poll sera prochainement traduite en français. Elle devrait permettre d’apporter une aide importante pour ces mesures d’impact en prenant en compte différents aspects (statistiques quantitatives, indicateurs de performance et enquêtes de satisfaction des usagers). Notamment en France où ce champ reste encore largement inexploré, malgré l’étude réalisée en 2013 à Toulouse …

http://www.iso.org/iso/catalogue_detail.htm?csnumber=56756

http://bibliotheques.univ-toulouse.fr/fichiers/etude-emprunt-en-bu-et-reussite-en-licence20121221.pdf

 

Retrouvez les vidéos des interventions en cliquant ici

Pour aller plus loin (bibliographie indicative et non exhaustive):

Evaluation économique de la British Library (2013) :

http://www.bl.uk/aboutus/stratpolprog/increasingvalue/britishlibrary_economicevaluation.pdf

LibValue : value, outcomes and return on investment of Academic Libraries (US)

http://libvalue.cci.utk.edu/

ACRL (Association of College et Research Libraries) Value of Academic Libraries (US)

http://www.acrl.ala.org/value/

“Worth their Weight. An Assessment of the Evolving Field of Library Valuation” (2007) (US)

http://www.ala.org/research/sites/ala.org.research/files/content/librarystats/worththeirweight.pdf

“The Library as Strategic Investment: Results of the Illinois Return on Investment Study” Paula T. Kaufman (2008)

http://liber.library.uu.nl/index.php/lq/article/view/7941

Un exemple de calcul du ROI (Cornell University Library)

http://research.library.cornell.edu/value

 

En France

Poids économique de l’université de Bretagne occidentale dans le Finistère (2013)

http://www.adeupa-brest.fr/system/files/publications/rapport_poids_eco_ubo_29.pdf

L’inscription territorial de l’appareil universitaire Orléans-Tours (2011)

http://www.insee.fr/fr/insee_regions/centre/themes/rapports/universite/dossier_universite.pdf

L’évaluation de la valeur économique des bibliothèques : de la rentabilité aux valeurs ajoutées / Manon Louche. Mémoire d’Enssib, 2011

http://enssibzone.enssib.fr/alswww2.dll/APS_PRESENT_BIB?Style=Portal3&SubStyle=&Lang=FRE&ResponseEncoding=utf-8&no=0000052852&Via=Z3950&View=Annotated&Parent=Obj_207091411988819&SearchBrowseList=Obj_207091411988819&SearchBrowseListItem=19261&BrowseList=Obj_207091411988819?Style=Portal3&SubStyle=&Lang=FRE&ResponseEncoding=utf-8&BrowseListItem=19261&QueryObject=Obj_207081411988819

Hans-Christoph Hobohm. « Les bibliothèques sont-elles rentables ? Usage et valeur des services ». BBF, 2008. T.53, n°3

http://bbf.enssib.fr/consulter/bbf-2008-03-0064-008

Deux numéros du BBF consacrés à l’évaluation : 2008, 3 et 2010, 4

Impact de la Culture dans l’économie

http://www.economie.gouv.fr/files/03-rapport-igf-igac-culture-economie.pdf (2013)