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Plan Masse du projet BU + par Chloé Thomazo et Jérémy Germe
Plan Masse du projet BU + par Chloé Thomazo et Jérémy Germe

Échanger, travailler, expérimenter, innover : qu’est-ce que la bibliothèque universitaire du XXIème siècle ?

Le mardi 2 février 2016, l’ADBU animait un atelier dans le cadre du Think Education organisé par l’agence News Tank et intitulé : « Les bibliothèques au temps du numérique ». L’atelier s’est déroulé en 4 temps. Une présentation de Christophe Pérales sur ce que signifie aujourd’hui numérique et bibliothèque avec un focus particulier sur l’IST et le business model triface des grands éditeurs. André Lohisse (directeur des bibliothèques de l’université Paris Dauphine) nous a présenté ses nouveaux services et espaces. Cet atelier a surtout été le témoin d’un dialogue subtil entre la vision de deux architectes (Chloé Thomazo, & Jérémy Germe, lauréats du concours « Imaginez la BU de demain porté par la région Île-de-France et leur projet BU+)  et la présentation du projet en voie d’achèvement du learning center innovation de Lille 1 dit « LILLIAD » par l’un de ses principaux promoteurs, Julien Roche (directeur des bibliothèques de Lille 1).

Nous vous proposons, à travers deux interviews, de confronter ces deux visions, la première comme une proposition théorique à travers la voix de nos deux architectes, la seconde comme la préfiguration de la possible bibliothèque universitaire  du XXIème siècle, LILLIAD.

 

1 / Chloé et Jérémy, pouvez-vous revenir sur votre parcours et ce qui vous a conduit à vous intéresser à l’objet « bibliothèque »
C’est l’opportunité du concours organisé par la région Île-de-France intitulé les  »Imaginez la bibliothèque universitaire de demain » qui nous a permis de réfléchir à ce que devrait être une bibliothèque. Nous sommes jeunes diplômés en architecture et nous avons toujours partagé un intérêt commun pour ce type de lieux, dédiés à l’apprentissage et à la réflexion.  
 
2/ Pouvez-vous nous présenter votre projet ?
Notre projet est avant tout le résultat d’une étude approfondie de ce qu’est une bibliothèque universitaire et des besoins des étudiants. Cette analyse nous a permis d’identifier 3 typologies d’usages: étudier, échanger et expérimenter. Ces 3 pôles constituent les noyaux indispensables de ce que doit être selon nous, la bibliothèque de demain:
 
ETUDIER
C’est l’espace fondamental de la bibliothèque. Enveloppé dans un système d’étagères circulaires qui permet de stocker plusieurs dizaines de milliers d’ouvrages. L’espace intérieur offre aux étudiants un espace calme propice à la concentration et à la réflexion.
ECHANGER
Cet espace de forme ovoïde abrite un auditorium: dédié aux conférences, aux formations et aux MOOCs et aux séminaires. Ses façades abritent des écrans, des serveurs et des ordinateurs qui permettent en continu de stocker et d’échanger les informations et les données de la BU+.
EXPERIMENTER 
Ce troisième espace est un fablab. Il permet aux étudiants de matérialiser leurs différents projets. Que ce soit pour imprimer un mémoire ou une maquette 3d pour un exposé. L’ensemble des données sont en open source et permettent à chacun de partager ses créations afin de faire de la bibliothèque du campus un lieu d’innovation et de création.
Zonation des espaces en fonction de l'activité - projet BU + par Chloé Tomazo et Jérémy Germe

Zonation des espaces en fonction de l’activité – projet BU + par Chloé Thomazo et Jérémy Germe

 

Vu intérieure du projet BU + par Chloé Tomazo et Jérémy Germe

Vu intérieure du projet BU + par Chloé Thomazo et Jérémy Germe

3/ Au delà du projet, la question des bibliothèques restent-elles au centre de vos travaux et recherches ?
En effet, nous travaillons actuellement au développement d’éléments de mobilier directement inspirés du projet que nous avons développé pour le concours. Ces meubles jouent le même rôle que les différents pôles que structurent le projet:
 
Etudier, devient un banc divisé en alcôves qui permettent de ranger et de stocker des livres tout en étant confortablement installé dans un espace chaleureux. 
 
Échanger est une table haute qui permet aux étudiants de se retrouver pour discuter et exprimer leurs opinions. Ce meuble joue également le rôle de borne wi-fi et permet aux étudiants de recharger leurs smartphones à travers des ports USB en libre service
 
Expérimenter; est composé d’un système d’écran d’affichage qui permettent aux étudiants de s’exprimer, de laisser des messages ou de poster des annonces au sein de l’université. Ces supports multimédias, permettent également à l’université d’informer directement les étudiants. 
La nouvelle ligne de mobilier imaginée par Chloé Thomazo et Jérémy Germe

La nouvelle ligne de mobilier imaginée par Chloé Thomazo et Jérémy Germe

 

 

1/ Julien, pouvez-vous revenir pour nous sur la genèse de LILLIAD pour mieux en comprendre sa spécificité ? 

 

L’originalité de LILLIAD tient avant tout au projet politique qui en est à l’origine.

Recherche, innovation et enseignement supérieur sont aujourd’hui les moteurs premiers du développement économique. A ce titre, l’université a un rôle important à jouer dans la diffusion d’une culture de l’innovation et de la recherche. LILLIAD est l’un des moyens de cette ambition.

Outil de transmission des savoirs, lieu d’échanges et espace de fertilisation intellectuelle croisée, instrument de mutualisation par excellence, LILLIAD est un modèle original de rencontre entre l’Université, le monde socio-économique et la société civile, au service du développement économique et social métropolitain et régional.

Au sein de l’université mais ouvert à l’enseignement supérieur et la recherche, aux entreprises et acteurs de l’innovation, à l’enseignement secondaire et au grand public, LILLIAD vise également à développer l’esprit d’innovation de ses usagers.

Fondé sur une forte proposition et une combinaison inédite de services pour la découverte et l’expérimentation de l’innovation, LILLIAD intègre dans un même espace un complexe événementiel, un lieu de valorisation de la recherche partenariale, des espaces pour la pédagogie et une bibliothèque augmentée.

LILLIAD, qui ouvrira au début du 2e semestre 2016, répond à trois ambitions : repenser la bibliothèque universitaire centrale, dans son lieu comme dans sa fonction, reprendre le cœur de campus de la Cité Scientifique, à Villeneuve d’Ascq, et enfin contribuer à la diffusion et à la valorisation de la recherche et de l’innovation au sein de l’université.

Ce projet, qui dépasse largement le cadre de la seule fonction documentaire, s’est construit progressivement entre 2007 – premières idées – et 2010 – établissement du programme scientifique.

Il est le fruit de la convergence d’intérêts d’un ensemble d’acteurs autour de l’université : collectivités territoriales – Région en tête, acteurs régionaux du monde socio-économiques, Etat.

Le projet s’est concrétisé à partir de 2012 dans le cadre du Plan Campus.

La vidéo de présentation du projet

 

 

2/ Comment ce positionnement original a-t-il conditionné le chantier d’un point de vue architectural ?

LILLIAD constituera un vrai signe d’ouverture du campus et un point d’accès à l’université pour tous les publics. Il procède d’une grande rénovation et d’une extension de 3.000 m2 du bâtiment de l’ancienne BU ainsi que d’un aménagement complet de ses alentours.

Le concours d’architecte international « Learning center Innovation », a été remporté par Auer Weber, cabinet de Munich-Stuttgart en 2013. La transformation proposée recouvre tous les attendus :

  • Le bâtiment conserve la forme emblématique de la rotonde construite en 1965 par Noël Le Maresquier à laquelle s’ajoute l’espace accessible en rez-de-chaussée.
  • Le bâtiment est réparti en 3 niveaux : un rez-de-chaussée consacré à l’accueil, à l’événementiel et à Xperium ; un premier étage conjuguant bibliothèque, salles de travail en groupe et un espace de convivialité ; un deuxième étage offrant encore des salles insérées dans les espaces de la bibliothèque.
  • La progressivité des espaces est préservée : Dans l’extension du bâtiment, les fonctions nouvelles, dans la partie rénovée, la fonction documentaire héritée, bien que modernisée, de l’ancienne « BU », soulignant ainsi les permanences et les évolutions.
  • La création de nouveaux espaces évolutifs intègre aussi bien des ambiances studieuses que conviviales et décontractées.
  • LILLIAD Learning center Innovation est un bâtiment emblématique au cœur de l’Université, il donne lieu à la création d’un parvis et à une transformation paysagère, il symbolise le renouveau du campus et son ouverture à tous les publics.

Un blog est dédié à l’avancée du projet architectural. 

 

Vue générale de LILLIAD, learning center innovation (université de Lille 1) © Auer Weber / VIZE

Vue générale de LILLIAD, learning center innovation (université de Lille 1) © Auer Weber / VIZE

 

 

3/ Quel est le rôle du SCD dans la définition du projet et son futur fonctionnement ? 

L’équipe projet « SCD » a eu un rôle déterminant dans la définition du projet. Fort d’un projet politique, celui de créer autour d’un noyau bibliothèque refondé, un lieu dédié à l’innovation, Il a en effet s’agit de traduire la proposition politique en projet scientifique puis architectural. Mission qui m’a été confiée, ainsi qu’à mon équipe « bibliothèque ».

Plusieurs choix ont été faits :

  • Faire évoluer les missions du SCD pour devenir LILLIAD. A cette fin, nous avons utilisé les possibilités offertes par le Code de l’Education, qui permettent de confier aux SCD des activités d’animation culturelle, scientifique et technique. Cela s’est traduit par l’adjonction à la bibliothèque centrale d’un espace événementiel, d’Xperium, lieu de valorisation de la recherche partenariale, d’espaces pour la pédagogie. Nous sommes là dans la définition canonique d’une « bibliothèque augmentée ».
  • Proposer un pilotage intégré de l’ensemble. Les fonctions nouvelles, notamment l’événementiel ou Xperium, sont intégrées au nouvel ensemble, qui ne se contente pas de les héberger mais en assure le pilotage, en articulation et en complémentarité avec la direction scientifique dédiée, confiée à un enseignant chercheur. L’organigramme a été pensé en conséquence, avec l’arrivée notamment d’emplois liées à des fonctions nouvelles.
  • Traduire cette intégration dans l’espace, avec notamment la disposition des antivols à l’entrée du bâtiment, et non à l’entrée de l’espace « bibliothèque ».
Vue intérieure de LILLIAD, learning center innovation (université de Lille 1) © Auer Weber / VIZE

Vue intérieure de LILLIAD, learning center innovation (université de Lille 1) © Auer Weber / VIZE