L’emploi étudiant en BU
L’EMPLOI ETUDIANT EN BIBLIOTHEQUE UNIVERSITAIRE Enquête de Viviane Cattane (ENSSIB) sous la direction de Daniel Eymard (ADBU) 1 . La situation dans les BU françaises L’enquête réalisée en septembre 2005 auprès de 95 établissements a connu un taux de réponses important (64 établissements dont 61 déclarant employer des étudiants) : le recours à ce type d’emploi est donc extrêmement répandu et semble susciter un intérêt certain auprès des responsables d’établissement . La part de l’emploi étudiant dans les différents établissements est variable (entre 0,25 et 17% des emplois permanents) , mais reste généralement assez modérée, la moyenne pour l’ensemble de l’échantillon se situant aux alentours de 6% ; plus de la moitié des réponses indiquent un pourcentage inférieur à 5 % ; pour près de 80% d’entre eux, il reste inférieur à 10% . Les étudiants sont recrutés sous divers statuts : • Les vacataires, engagés pour des contrats d’un an maximum • Les moniteurs, avec des contrats de 600h annuelles maximum • Les tuteurs, pour 60 h réparties sur 6 mois Moniteurs et vacataires sont les statuts les plus fréquents dans les bibliothèques françaises ; ils sont assimilés à des salariés ; leur rémunération, pour laquelle le SMIC constitue la référence, sont soumises au paiement de charges sociales. Ils exécutent des tâches de rangement, d’accueil et d’orientation des lecteurs, de prêt, parfois de traitement des collections ou de surveillance et assistance en espace informatique. Ils interviennent sur des travaux ponctuels ( déménagements, refoulement des collections, période d’inscription) ou sur des plages horaires particulières, notamment en soirée et fin de semaine, et travaillent en moyenne 10 heures par semaine. Les tuteurs, moins nombreux, perçoivent une rémunération nette de charges dite « bourse de tutorat », d’un montant de 154,20 € mensuels soit 15,24 € horaires ; ils sont en priorité chargés de missions de formation des utilisateurs 2. Les bénéfices du dispositif L’enquête auprès des responsables de bibliothèque, complétée par un sondage auprès de 200 lecteurs, des entretiens avec trente étudiants employés en bibliothèque , une dizaine de personnels permanents, et des responsables d’organisations syndicales professionnelles et étudiantes a permis de dégager les principaux bénéfices du dispositif. La souplesse de fonctionnement Les établissements bénéficient d’un appui ponctuel aux horaires, aux périodes et sur les tâches où elles en ont particulièrement besoin : les extensions d’horaires d’ouverture rendent le recours aux personnels étudiants particulièrement utile, voire indispensable. La bonne complémentarité avec les personnels permanents L’appui fourni par les moniteurs permet aux permanents de dégager du temps pour une meilleure qualité de service et d’accueil. Le lien avec la communauté étudiante et universitaire Interlocuteurs privilégiés pour le lectorat étudiant, les moniteurs sont idéalement placés pour répercuter ses attentes et besoins , et pour lui expliquer les modalités de fonctionnement de la bibliothèque. Ils peuvent apporter des idées innovantes et une influence dynamisante au sein de l’établissement. Une activité rémunérée compatible avec la réussite des études Pour les étudiants eux-mêmes, cet emploi de proximité, dans un environnement universitaire et donc attentif aux priorités et contraintes liées aux études, qui offre de plus un accès privilégié aux ressources documentaires, constitue un appoint financier dont beaucoup ont un réel besoin, sans compromettre leur réussite. Une réponse adaptée aux attentes des lecteurs Les réponses au sondage indiquent une demande de « médiation » entre la bibliothèque et les lecteurs étudiants ; l’immense majorité d’entre eux considère la présence des moniteurs comme un facteur d’amélioration de la qualité de l’accueil, car ils sont perçus comme plus proches et plus sensibles aux besoins des étudiants. 3. Les inconvénients et les risques liés à ce type d’emploi L’inconvénient majeur signalé par les réponses à l’enquête est la gestion aberrante imposée par le risque , pour l’établissement, de devoir verser des allocations pour perte d’emploi aux étudiants qui s’inscriraient à l’A.N.P.E à l’issue de leur contrat : d’où l’instauration d’un certain nombre de restrictions sur le recrutement de certains étudiants (étudiants ayant déjà travaillé dans l’année précédant la prise de fonction, étudiants en fin de cursus,...) et sur la durée et le renouvellement des contrats, avec pour conséquence une perte de compétences, et une répétition, à intervalles fréquents, des opérations de recrutement et de formation. Ces restrictions rendent difficile tout travail dans la durée. Elles ne permettent pas d’envisager des formations plus complètes, ni de réinvestir l’expérience et les compétences acquises par les étudiants pendant un premier contrat. 4. Comparaison avec les BU étrangères Les BU américaines Aux Etats-Unis, le dispositif est très ancien et beaucoup plus développé qu’en France. Les statistiques de l’Association of Research Libraries indiquent que l’emploi étudiant constitue souvent une proportion très élevée des personnels de bibliothèque. Les « student assistants » participent à tous les services au public ( y compris les services de renseignement bibliographique) et travaillent en grande autonomie , particulièrement sur les plages horaires nocturnes (les BU américaines ont communément des amplitudes d’ouverture hebdomadaires de 90 h). Les rémunérations sont relativement faibles et les charges sociales très réduites. La rémunération peut dans certains cas être en grande partie prise en charge par le gouvernement fédéral au titre de l’aide aux études, dans le cadre du « work and study program » Les BU européennes Si les pays européens partagent avec la France le développement modéré de l’emploi étudiant ( en moyenne 7% des effectifs dans les établissements ayant répondu à l’enquête), et si le degré d’autonomie des personnels étudiants y reste également limité, des différences apparaissent au niveau des durées maximum des contrats. Le modèle allemand et scandinave Les étudiants y sont , comme en France, salariés de l’université, leurs rémunérations y sont donc soumises aux charges sociales, cependant ces établissement privilégient une plus grande longévité des contrats : ils gardent souvent les mêmes collaborateurs étudiants pendant plusieurs années consécutives. Malgré une protection sociale d’un bon niveau, le problème des indemnités de chômage ne semble pas peser aussi lourdement sur la gestion des personnels étudiants que dans les établissements français. Le modèle italien Une disposition légale spécifique ménage aux personnels étudiants des BU italiennes un statut dérogatoire au droit du travail : ils sont engagés pour une durée de 150h annuelles, et perçoivent une rémunération nette de charges, pour la bibliothèque comme pour l’étudiant, complétée par une prime de fin de contrat. Ce statut a des points communs avec la bourse de tutorat française, à ceci près que : • les contrats sont plus longs • les rémunérations sont plus faibles (6,50€ /h + prime de 160€ en fin de contrat) • les tâches possibles couvrent l’ensemble des fonctions traditionnellement confiées aux étudiants 5 . Propositions d’ évolution Afin de lever les obstacles qui nuisent à une pleine efficacité des dispositifs d’emploi étudiant en BU, deux pistes principales pourraient être suivies : Maintien du statut actuel avec cotisation à l’ASSEDIC Soit, on conserve aux moniteurs et vacataires un statut de salarié, mais on donne aux établissements la possibilité de cotiser à l’ASSEDIC pour cette catégorie de personnels : ainsi , le moniteur qui se serait constitué des droits aux indemnités de chômage percevrait celles-ci de l’ASSEDIC elle-même, ce qui libérerait les établissements des contraintes qu’ils s’imposent actuellement afin d’éviter le paiement des allocations pour perte d’emploi par l’université. Instauration d’un statut spécifique du moniteur étudiant Soit , comme le souhaiteraient de nombreux responsables de bibliothèque, on instaure un nouveau statut du moniteur, dérogatoire au droit du travail, avec notamment une rémunération de type « bourse », ne donnant pas lieu au paiement de charges sociales. L’intégration de ce type d’emploi dans le dispositif des aides sociales , où il pourrait être attribué à des étudiants ayant besoin d’un complément de ressources, en complément des aides directes, pourrait être envisagé, mais n’a pas l’approbation des organisations syndicales étudiantes. De plus il pourrait être envisagé de valoriser la collaboration des étudiants aux missions de la bibliothèque par l’octroi de crédits ECTS. Pour ceux qui envisagent une carrière dans la profession, cas assez courant chez les moniteurs rencontrés pour l’enquête, par la prise en compte de ce temps de travail pour l’accès aux concours internes.

